J'ai trouvé ces réflexions intéressantes et instructives.
Bonne lecture
Nikos  

Propos recueillis sur le forum fr.rec.plongee le 5 mai 2007

Bonjour à tous,

Une petite question de principe sur l'intoxication au CO2 :

- Nous apprenons dans nos cours que : Il est vivement conseillé lors d'un
essoufflement (qui traduit une augmentation du CO2 dans le sang, je passe
les détails) de remonter le plongeur "pour diminuer la pression partielle de
CO2" et qu'il ne faut jamais descendre (pour ne pas augmenter encore la
pression partielle).

- Sachant que l'air (sauf si il est anormalement vicié) contient environ 380
ppm de CO2 càd 0,038 % de CO2, on a donc une pression partielle de CO2 à 40
mètres (par exemple) de 0,0019 bar

- Sachant également que nous pouvons tolérer sans problème une pression
partielle de 0,01 bar de CO2 et que l'essoufflement se manifeste à 0,02 bar.

J'en conclu que l'essoufflement n'est pas provoqué par le CO2 présent dans
l'air respiré mais est de source endogène et que, dans le cadre de la
plongée loisir, on est exposé à des pressions partielles de CO2 non
critiques. Pour continuer mon exemple, même si je descends à 45m, ma pp de
CO2 ne monte qu'à 0,0021 bar soit encore 5x moins que ce qui est tolérable
(et 10x moins qu'une valeur amenant l'essoufflement) !!!

Dès lors, ne vaut il pas mieux pas mieux calmer la personne qui présente un
essoufflement, qu'elle arrête immédiatement tout effort physique (même si,
pour ce faire, il faut descendre sur un fond qui est qq mètres + bas) et lui
avoir enseigné qu'il faut expirer.

Ce que je veux dire c'est que plutôt qu'enseigner que l'essoufflement se
règlera en remontant (par diminution de la pp), il vaudrait mieux enseigner
que l'essoufflement se maîtrisera en diminuant la production endogène de CO2
(arrêter tout effort) et en éliminant le CO2 accumulé (on se calme et on
expire).

Dans ce cadre (on se calme) la remontée vers la surface peut être vue comme
qqc de "rassurant" mais alors que l'on dise ne dise plus "on remonte vers la
surface pour diminuer la pp de CO2" mais bien "on remonte vers la surface
pour rassurer celui qui est essoufflé" en ajoutant que ce n'est qu'une des
possibilités pour calmer la personne en détresse.

Qu'en pensez-vous ?

Merci d'avance pour vos avis éclairés.

Marc.

--------------------------------------------------------------------------------------

Sinon la ppCO2 alvéolaire n'entra pas du tout en compte dans l'essoufflement.

L'essoufflement est une envie irrépressible d'inspirer de l'air jusqu'à ne
pouvoir l'expirer, tout le monde a expérimenté cela en surface. Ce mécanisme est
dû à des capteurs de CO2 dans le sang et pas dans les poumons, et le CO2 du sang
n'est pas soumis aux règles de ppcO2 car il est régulé par l'organisme et est
donc normalement constant.

Sous l'eau ce même essoufflement qu'en surface provoque la même envie
irrépressible d'inspirer sauf que le plongeur va aller chercher cela en surface,
j'ai deux témoignages directs d'essoufflement de plongeurs ayant de nombreuses
plongées, leur description est bien : j'arrive pas à inspirer, comme le
détendeur gène on a envie de l'enlever et instinctivement on se dirige
rapidement vers la surface.

Pourquoi remonter arrange les choses, simplement car l'air est plus dense au
fond et qu'à cause de l'équipement l'expiration est plus difficile.

Le fait d'être essoufflé à 20m c'est comme en surface, avec un équipement qui
gène, un mauvais équilibrage, du stress, du froid, la production de CO2 va
augmenter et provoquer cet essoufflement si on n'a pas l'habitude de forcer
l'expiration.

En surface, on arrête l'effort et ça se rétabli sinon il y aurait des morts
partout, au fond à cause de l'air dense ça ne se rétablit pas pour tout le monde
même si on arrête tout effort.

Les consignes que je donne : être soit même vigilant concernant sa respiration,
si on voit que ça va plus vite que d'habitude, arrêter tout effort forcer
l'expiration et remonter tranquillement et ne pas stresser, si ça continue et
qu'il y a un véritable essoufflement les réactions sont toujours mauvaises et
pas dans les manuels de plongée, le plongeur ne fait pas le signe il remonte
sans rien demander à personne.


Une anecdote, lors d'un cours pour des N4 dans le cadre de la préparation du MF1
je me suis battu (verbalement) avec un stagiaire MF2 qui me disait :
il faut dire aux N4 que remonter diminue la PPCO2 ça permet d'insister sur
l'intérêt primordial de remonter. Effectivement remonter est primordial mais pas
pour diminuer la ppCO2 mais pour diminuer la densité de l'air et se rapprocher
de la surface ( et ce n'est pas en donnant une explication fausse que ça fait
avancer l'intérêt de remonter). Ce qui est drôle c'est que dans son épreuve de
MF2 on lui a demandé de donner l'explication de l'essoufflement et pourquoi il
fallait remonter, j'espère qu'il a bien répondu, en tout cas il est MF2.

Bernard

--------------------------------------------------------------------------------------

> Le CO2 est produit par ton corps, à la pression ambiante,

Oui

> c'est le rapport
> entre le taux de CO2 et le taux d'O2 qui est la cause d'hypercapnie,

heu non...
L'hypercapnie, c'est l'excès de CO2 artériel par rapport à la normale.
Sa définition est indépendante de la quantité d'oxygène artériel.

Il est parfaitement possible d'avoir simultanément une hypercapnie et
une hyperoxémie, par exemple.
Ou une hypercapnie avec normoxémie. Ou encore une hypercapnie avec
hypoxémie.

A noter par ailleurs qu'un essoufflement va souvent produire une
hyperventilation, laquelle va provoquer une HYPOcapnie parfois sévère.
Raison pour laquelle on fait respirer dans ce cas dans un sac fermé
maintenu contre la bouche (pour réinspirer l'air expiré, et donc
artificiellement AUGMENTER la pression alvéolaire, et donc artérielle,
en CO2). Attention, à ne pas faire n'importe comment...

--
Olivier Goldberg

--------------------------------------------------------------------------------------

> Peut-il ya avoir une augmentation du taux de CO2 dans le sang sans baisse du
> taux d'O2 ?

Oui.
En fait, en résumé, l'oxygène est transporté principalement lié à
l'hémoglobine. En situation physiologique normale, plus de 95% des
"places de parking" sont occupées.
Une fois qu'une hémoglobine est pleine, on ne peut rien lui rajouter.
Le CO2 par contre est principalement transporté sous forme dissoute dans
le sang. La capacité de transport est donc bien plus élastique.
De l'oxygène est aussi dissout dans le sang, mais (normalement) la
quantité concernée est très faible par rapport à la quantité liée à
l'hémoglobine.

Du coup, si on augmente la quantité de CO2 (dissout), on n'occupe pas
les mêmes "places de parking" que pour l'oxygène, ce qui explique la
citation.

A nouveau, c'est une explication résumée et simplifiée, les puristes et
spécialistes diront que physiologiquement, c'est plein de fautes.

> Comment ? Puisqu'une hyperoxémie entraîne une diminution de la teneur en CO2
> du sang artériel et que l'hypercapnie c'est justement une augmentation de
> cette teneur en CO2.

L'hyperoxémie provoque une augmentation de la quantité d'oxygène
dissoute (vu que l'hémoglobine est saturée) dans le sang.
Elle n'entraîne pas directement de baisse du CO2 dissout.

Indirectement, par exemple lors de la respiration d'oxygène pur, on va
diminuer le CO2 dissout simplement par équilibrage des pressions entre
le compartiment vasculaire (où il y a beaucoup de CO2) et le
compartiment alvéolaire (où il y a un peu moins de CO2 que normalement)

> > A noter par ailleurs qu'un essoufflement va souvent produire une
> > hyperventilation, laquelle va provoquer une HYPOcapnie parfois sévère.
>
> Ca arrive souvent ?

En surface oui, en particulier lors des "crises d'hyperventilation" ou
"crises de tétanie".
En plongée, je ne sais pas. On a quand même aussi les crises
d'hyperventilation.

> Parcequ'en général (d'après ce que je sais) un essoufflement entraine une
> ventilation sur "le haut" des poumons et ne facilite pas l'expulsion de CO2
> ni l'entrée d'O2.

Un essoufflement entraîne une respiration rapide, souvent superficielle.
Du coup, le volume mort (air des bronches, de la trachée et de la bouche
ou du nez) est proportionnellement plus important dans le volume respiré
à chaque mouvement.
Du coup, on a effectivement moins d'air qui arrive de l'extérieur vers
les alvéoles et inversement. Ce qui fait qu'effectivement, l'expulsion
de CO2 et l'entrée d'O2 sont dégradées.

C'est pour ça aussi que l'essoufflement n'est pas identique à la crise
d'hyperventilation, même si l'un peut évoluer vers l'autre.
Je crois que je n'explique pas tout avec une parfaite clarté, mais
j'espère avoir éclairé un peu...

> C'est pour ça que plus on en saura, moins on fera de conneries ;-)

Toutafé.

En tout état de cause, une fois revenu à la surface, en matière de
plongée, LA règle à retenir est amha qu'au moindre doute il faut donner
de l'oxygène, et faire appels aux secours.
Logiquement, ceux-ci auront une formation plus poussée et adapteront le
traitement.
En situation aigue, il n'est à peu près jamais dangereux de donner
beaucoup d'oxygène à un malade, en particulier à un plongeur.

--
Olivier Goldberg